Le bison d’Amérique du Nord : troupeau, rut et communication
Sommaire7 sections
En 1889, il ne restait plus que cinq cent quarante et un bisons d’Amérique du Nord recensés aux États-Unis, sur un continent qui en comptait plusieurs dizaines de millions un siècle plus tôt. Cette quasi-disparition, provoquée par la chasse commerciale au cuir et par une politique délibérée d’élimination visant les nations amérindiennes des Plaines, reste l’un des effondrements de faune les plus brutaux jamais documentés. Le bison qui broute aujourd’hui dans le parc de Yellowstone descend directement de ces derniers survivants.
D’une soixantaine de millions de têtes à moins de six cents
Avant la colonisation européenne, les estimations situent la population entre trente et soixante millions d’individus, répartis sur l’essentiel des grandes plaines nord-américaines. La chasse industrielle des années 1870 et 1880, menée depuis le chemin de fer et destinée avant tout au commerce des peaux, a fait chuter ce nombre à quelques centaines en moins de vingt ans. La protection instaurée à Yellowstone et l’action de quelques éleveurs privés ont sauvé l’espèce d’extinction pure et simple.
Un colosse aux cornes courtes
Le bison d’Amérique du Nord mesure jusqu’à 1,8 mètre au garrot pour un poids de 400 à 900 kilogrammes chez les mâles, certains individus exceptionnels dépassant la tonne. Ses cornes noires, contrairement à une idée répandue, ne dépassent guère 60 centimètres : ce sont sa masse et sa bosse musculeuse, concentrée au-dessus des épaules, qui donnent l’impression d’un animal disproportionné. Cette bosse lui sert aussi l’hiver, quand il balaie la neige de la tête pour atteindre l’herbe gelée en dessous, un geste que l’on peut observer dans les parcs des Grandes Plaines dès les premières neiges.
Bison américain ou bison d’Europe : le repère qui ne trompe pas
Les deux espèces, souvent confondues sur des photographies ou en captivité, se distinguent par la silhouette. Le bison américain a les pattes courtes, une bosse ronde placée en avant, sur les épaules, et une toison épaisse jusque sur la tête et le poitrail. Son cousin européen, plus haut sur pattes et à l’échine plus droite, porte des cornes tournées vers l’avant qui lui permettent de combattre en verrouillant les cornes, alors que l’Américain préfère charger de plein fouet.
Une hiérarchie de vieilles femelles
Les bisons vivent en troupeaux profondément sociaux, comptant de quelques dizaines à plusieurs centaines d’individus selon la saison. Les femelles et les jeunes forment le noyau du groupe, tandis que les mâles adultes s’isolent la majeure partie de l’année. Ce sont les femelles âgées, et non les mâles, qui guident le troupeau vers de nouveaux pâturages : leur mémoire des ressources disponibles fait d’elles les décisionnaires de la harde. Un jeune mâle qui tente de prendre la tête d’un déplacement se voit rapidement recadré, à coups de tête si nécessaire, par les femelles dominantes.
Le rut et ses combats
Entre juillet et septembre, les mâles adultes rejoignent les groupes de femelles pour la saison des amours. Les combats pour l’accès aux femelles opposent deux bisons qui se percutent front contre front, parfois à pleine vitesse, dans des affrontements qui laissent régulièrement des blessures et occasionnellement causent la mort d’un des combattants.
Prédateurs et vigilance
Malgré leur masse, les bisons restent la proie du loup gris et, plus rarement, du grizzli, surtout lorsqu’un individu s’isole du troupeau. Le danger vise en priorité les veaux, les bêtes âgées ou affaiblies. La réaction de défense du groupe, qui peut former un cercle protecteur autour des plus vulnérables, limite l’efficacité de la prédation sur les adultes en bonne santé.
Les principaux bastions du bison sauvage restent Yellowstone, où vivent aujourd’hui plusieurs milliers d’individus répartis en deux troupeaux distincts, ainsi que le parc national de Wind Cave et la réserve nationale de Wichita Mountains. Ces populations, gérées séparément pour préserver une diversité génétique suffisante, servent aussi de réservoir pour de nouveaux programmes de réintroduction menés par des tribus amérindiennes, qui replacent l’animal au cœur de territoires dont il avait disparu depuis plus d’un siècle.
Une communication à plusieurs registres
Le répertoire vocal du bison combine grognements graves, reniflements et beuglements sourds. Un grognement bas signale généralement une présence rassurante au sein du groupe, tandis qu’un souffle plus sec avertit d’un danger imminent. Pendant le rut, les mâles émettent des grondements profonds, audibles à plusieurs centaines de mètres, qui servent à la fois d’intimidation entre rivaux et de signal aux femelles.
Cette combinaison de masse, de mémoire collective et de vocalisations élaborées explique pourquoi le bison a pu reconstituer des troupeaux viables à partir d’une poignée de survivants. L’histoire de son sauvetage reste l’un des rares exemples où une espèce est passée du bord de l’extinction à une population de dizaines de milliers d’individus en un peu plus d’un siècle.
Résumer cet article avec :
Partager :
