Le yak sauvage : pelage épais, altitude et vie dans l’Himalaya
À plus de 5 000 mètres d’altitude, là où l’air contient presque deux fois moins d’oxygène qu’au niveau de la mer, le yak sauvage broute tranquillement une steppe gelée neuf mois sur douze. Peu de grands mammifères supportent un tel environnement. Le yak sauvage y est pourtant chez lui depuis des dizaines de milliers d’années, et c’est de lui, domestiqué il y a plusieurs millénaires par les éleveurs tibétains, que descend le yak que l’on croise aujourd’hui dans les fermes d’altitude.
Un colosse de plus d’une tonne, taillé pour le froid
Le yak sauvage (Bos mutus) est un bovidé du plateau tibétain et des chaînes voisines, en Chine, en Inde et au Népal. Les mâles adultes mesurent de 2,7 à 3,3 mètres de long pour environ 2 mètres au garrot, et peuvent peser jusqu’à 1 200 kilogrammes, soit plus qu’un bison d’Amérique. Les femelles sont nettement plus petites, autour de 300 kilogrammes. Une fourrure double, faite d’un sous-poil laineux et de longs poils de garde qui balaient presque le sol, isole l’animal de températures qui descendent régulièrement sous les moins trente degrés en hiver.
Les deux sexes portent des cornes, plus longues et plus épaisses chez le mâle, qui peuvent dépasser 90 centimètres de longueur en suivant leur courbe. Malgré cette masse imposante, le yak sauvage se déplace avec une aisance surprenante sur les pentes rocheuses et peut atteindre environ 40 kilomètres par heure sur de courtes distances, une vitesse que peu de prédateurs peuvent soutenir sur ce terrain.
Des troupeaux séparés selon le sexe
Les femelles, les jeunes et les mâles subadultes forment des troupeaux d’une dizaine à une trentaine d’individus, parfois davantage historiquement, avant que la chasse ne réduise fortement les effectifs sauvages au vingtième siècle. Les mâles adultes, eux, vivent le plus souvent seuls ou en petits groupes de célibataires, et ne rejoignent les femelles qu’en période de reproduction, entre la fin de l’été et l’automne. Des affrontements entre mâles, faits de charges et de chocs de cornes, déterminent alors l’accès aux femelles.
Brouter sous la neige, à plus de 5 000 mètres
Le yak sauvage vit entre 3 000 et 5 500 mètres d’altitude, parfois jusqu’à 6 000 mètres en été, une amplitude que très peu de grands herbivores tolèrent. Son alimentation, exclusivement herbivore, se compose de graminées, de laîches et de plantes basses de toundra alpine. En hiver, lorsque la neige recouvre le sol, l’animal utilise son museau et ses sabots pour dégager la végétation enfouie, une technique qui lui permet de rester sur les mêmes pâturages toute l’année plutôt que de migrer vers des altitudes plus basses.
Une vue faible compensée par l’odorat et l’ouïe
Le yak sauvage voit relativement mal, mais compense largement cette faiblesse par un odorat et une ouïe très développés, qui lui permettent de repérer un danger bien avant de le voir. Cette vigilance auditive et olfactive explique en partie sa réputation d’animal méfiant, prompt à fuir ou à charger dès qu’il perçoit une présence inhabituelle, plutôt qu’à attendre de l’identifier visuellement.
Le loup et le léopard des neiges, pas un prédateur unique
Contrairement à une idée reçue, le loup n’est pas le seul prédateur du yak sauvage : le léopard des neiges s’attaque régulièrement aux jeunes individus et, plus rarement, à des adultes affaiblis, en particulier en hiver quand les proies plus petites se raréfient. Les adultes en bonne santé restent toutefois rarement inquiétés, leur masse et leurs cornes dissuadant la plupart des attaques directes.
La femelle, appelée dri
La femelle du yak est appelée dri, un terme tibétain toujours utilisé chez les éleveurs du plateau, y compris pour la forme domestique de l’espèce. Les femelles assurent l’essentiel de l’organisation du troupeau, de la surveillance des jeunes aux déplacements saisonniers vers de nouveaux pâturages, pendant que les mâles restent en périphérie du groupe le reste de l’année.
Une espèce vulnérable, ancêtre d’un animal domestiqué
Le yak sauvage est classé vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature, avec une population en déclin continu depuis des décennies, victime du braconnage et de la concurrence pour les pâturages avec le bétail domestique. Il reste pourtant la seule origine possible du yak domestique (Bos grunniens), apprivoisé par les populations tibétaines il y a plusieurs milliers d’années et aujourd’hui bien plus nombreux que son ancêtre sauvage, au point que les deux formes s’hybrident parfois là où leurs territoires se croisent encore.
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