La cigogne blanche : nid, migration et comportement
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La cigogne blanche ne crie jamais. Dépourvue de syrinx fonctionnel, elle communique uniquement en claquant du bec, un son sec et répétitif qui tient lieu de tout son langage social. Disparue de France comme nicheuse en 1974, victime de la chasse et de l’assèchement des zones humides, elle doit sa réapparition à un long programme de réintroduction mené en Alsace, qui a permis à l’espèce de reconquérir progressivement tout le territoire.
Rouge, pas rose
La cigogne blanche, Ciconia ciconia, mesure de 100 à 115 cm pour une envergure de 155 à 215 cm et un poids de 2,3 à 4,5 kg. Son plumage est blanc, à l’exception des grandes plumes des ailes, noires, visibles surtout en vol. Son bec et ses pattes sont rouges, une couleur franche et non rosée, qui vire au rouge orangé vif chez les adultes en bonne santé. Les jeunes naissent avec un bec sombre, presque noir, qui s’éclaircit progressivement au fil des trois à quatre premières années.
Un vol sans un battement d’aile
La cigogne blanche voyage en planant, portée par les colonnes d’air chaud qui s’élèvent au-dessus des terres. Elle économise ainsi une énergie considérable sur de longues distances, ne battant des ailes que par intermittence. Cette dépendance aux courants thermiques, absents au-dessus de la mer, l’oblige à contourner la Méditerranée par deux points de passage obligés : le détroit de Gibraltar pour les populations d’Europe de l’Ouest, qui hivernent en Afrique sahélienne, et le Bosphore pour les populations d’Europe de l’Est, qui rejoignent l’Afrique australe.
Des nids qui pèsent une tonne
La cigogne blanche installe son nid en hauteur, sur les toits, les clochers, les cheminées d’usine ou les pylônes électriques, jamais dissimulé dans la végétation. Un même couple réutilise et agrandit son nid année après année, si bien que certaines structures accumulées depuis des décennies peuvent peser plusieurs centaines de kilos, voire dépasser la tonne. Grégaire au moment de nicher, l’espèce tolère la proximité d’autres couples et forme parfois des colonies denses de nids dans un même secteur.
Un couple fidèle au nid, pas forcément l’un à l’autre
La cigogne blanche revient chaque année sur le même nid plutôt que sur le même partenaire : c’est le site qui fixe le couple, pas l’inverse. La femelle pond de 3 à 5 œufs entre avril et mai, incubés à tour de rôle par les deux parents pendant environ 33 jours. Les jeunes s’envolent au bout de 58 à 64 jours mais continuent d’être nourris par leurs parents encore une dizaine de jours après leur premier vol. Un individu peut vivre plus de 30 ans à l’état sauvage, un âge élevé pour un oiseau de cette taille.
Un régime qui varie avec les saisons
Le régime alimentaire de la cigogne blanche associe insectes, vers, petits mammifères comme les campagnols et amphibiens, capturés en marchant lentement dans les prairies humides ou les champs fraîchement labourés. Le bec, long et droit, sert à piocher directement dans le sol ou dans l’eau peu profonde. Dans certaines régions, les cigognes suivent les tracteurs pour profiter des proies mises à découvert par le labour.
Un régime qui change en Afrique
Pendant l’hivernage africain, la cigogne blanche modifie profondément son alimentation et suit les essaims de criquets et de sauterelles, dont elle peut consommer de grandes quantités. Ce régime opportuniste, associé au suivi des feux de brousse et des labours mécanisés qui exposent insectes et petits vertébrés, en fait une espèce très liée aux activités agricoles, aussi bien en Europe qu’en Afrique sahélienne.
Une reconquête réussie
Éteinte comme nicheuse en France en 1974, la cigogne blanche a été réintroduite à partir de 1978 grâce à un programme mené dans le parc de Munster et à Hunawihr, en Alsace, appuyé sur l’élevage en captivité et le relâcher de jeunes. La population française dépasse aujourd’hui plusieurs milliers de couples, répartis en Alsace, en Charente-Maritime et le long de la façade atlantique. L’UICN classe l’espèce en préoccupation mineure à l’échelle mondiale, un statut qui reflète directement ce redressement, obtenu en une cinquantaine d’années.
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