Le gibbon de Hainan : forêt tropicale, brachiation et vie sociale
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Il reste un peu plus de trente gibbons de Hainan sur Terre, tous regroupés dans un seul massif forestier de l’île chinoise qui donne son nom à l’espèce. Aucun autre primate au monde ne survit avec une population aussi réduite ni un territoire aussi étroit. Chez cette espèce, le mâle est noir et la femelle dorée, un contraste que la plupart des autres gibbons ne connaissent pas.
Le primate le plus menacé du monde
Le gibbon de Hainan, Nomascus hainanus, appartient au genre Nomascus, celui des gibbons dits huppés, distinct du genre Hylobates qui regroupe la majorité des autres espèces de gibbons. Il ne subsiste que dans la réserve naturelle nationale de Bawangling, sur l’île chinoise de Hainan, sur une surface forestière d’à peine une soixantaine de kilomètres carrés. L’Union internationale pour la conservation de la nature le classe en danger critique d’extinction, le niveau de menace le plus élevé avant la disparition à l’état sauvage. Plusieurs primatologues le considèrent comme le primate le plus rare du monde.
Un mâle noir, une femelle dorée
Le pelage du gibbon de Hainan change avec le sexe et l’âge, ce qui distingue nettement l’espèce des autres gibbons huppés. Les mâles adultes sont entièrement noirs, parfois surmontés d’une touffe de poils dressés sur le sommet du crâne. Les femelles adultes arborent au contraire une fourrure dorée à orangée, tachée de noir sur le sommet de la tête. Les jeunes naissent avec un pelage clair, presque blanc, et les mâles ne noircissent qu’à l’approche de la puberté.
La taille du corps se situe entre 45 et 50 centimètres, sans compter les bras. Le poids varie de 7 à 10 kilogrammes, ce qui place l’espèce parmi les gibbons les plus lourds : les Nomascus sont en moyenne plus corpulents que les Hylobates, auxquels appartiennent la plupart des autres gibbons d’Asie du Sud-Est. Comme tous les gibbons, il n’a pas de queue et se déplace par brachiation, en se balançant de branche en branche grâce à des bras démesurément longs.
Des familles à plusieurs femelles
Contrairement à la majorité des gibbons, qui vivent en couples strictement monogames, le gibbon de Hainan forme des groupes plus larges, souvent composés d’un mâle et de deux ou trois femelles avec leurs petits. Ce système, proche de la polygynie, est une exception chez les hylobatidés. Chaque matin, le groupe chante en chœur : les femelles lancent de longues phrases montantes et le mâle y répond par des notes plus graves, un duo qui s’entend parfois à plus d’un kilomètre dans la canopée.
Bawangling, un pont pour traverser la forêt
L’aire de répartition du gibbon de Hainan se limite à la réserve naturelle nationale de Bawangling, dans le sud-ouest de l’île de Hainan, en Chine. L’espèce peuplait autrefois l’ensemble de l’île, mais la chasse et la déforestation l’ont cantonnée à ce dernier refuge dès les années 1970. En 2015, après qu’un typhon a provoqué un glissement de terrain rompant la continuité de la canopée, des équipes de conservation ont installé un pont de lianes artificielles entre deux parcelles de forêt, pour que les gibbons puissent continuer à circuler sans descendre au sol, où ils sont vulnérables.
D’une poignée d’individus à un signal d’espoir
Le déclin du gibbon de Hainan a été si sévère qu’il ne restait plus, à la fin des années 1970, que sept à neuf individus recensés sur l’île entière. La création de la réserve de Bawangling et l’interdiction stricte de la chasse ont permis à la population de remonter lentement, groupe par groupe, jusqu’aux effectifs actuels. La progression reste fragile : gagner quelques individus prend des années, en perdre quelques-uns peut suffire à repartir en arrière.
Statut UICN et menaces persistantes
Le gibbon de Hainan reste classé en danger critique d’extinction par l’UICN, la catégorie la plus sévère avant l’extinction à l’état sauvage. La taille réduite de la population expose l’espèce à un risque génétique : moins d’individus reproducteurs signifie moins de diversité pour résister aux maladies. La fragmentation résiduelle de l’habitat, la pression touristique croissante sur l’île et des typhons de plus en plus fréquents restent les principales menaces recensées par les équipes de suivi.
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