Le gibbon à favoris blancs du nord : apparence, cris et menaces
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Le gibbon à favoris blancs du nord compte parmi les primates les plus menacés de la planète, et il a sans doute déjà disparu du pays où il vivait le plus au nord. Deux touffes de poils clairs encadrent les joues du mâle jusqu’au bord des oreilles, sur un pelage entièrement noir : c’est ce motif facial, et non des poignets blancs comme on le croit parfois, qui donne son nom à l’espèce.
Deux touffes blanches, une crête noire
Nomascus leucogenys appartient au genre des gibbons à crête, la même famille que le gibbon à joues jaunes, mais se reconnaît à un détail précis : les plaques blanches du mâle restent étroites, cantonnées près des oreilles, alors que chez son cousin à joues jaunes elles couvrent toute la joue en jaune doré. Le mâle porte aussi une touffe de poils dressée sur le crâne et une poche gulaire, un sac de peau sous la gorge qui amplifie ses cris.
La femelle est brun roux, sans touffe crânienne, mais avec une crête sombre qui court du sommet du crâne jusqu’à la nuque, une bande continue qui la distingue nettement des femelles gibbons à joues jaunes, chez qui le noir se limite à une petite calotte. Le mâle pèse en moyenne 7,5 kg, un peu plus que la femelle, pour une longueur de 45 à 65 cm sans queue, aucun gibbon n’en ayant.
Un duo chronométré à la seconde
Le couple chante en duo au lever du jour. La femelle ouvre avec une série de quinze à trente notes montantes, le mâle répond par des phrases rapides où la fréquence change à chaque syllabe. Ce cycle dure moins de vingt secondes et se répète, en gagnant en intensité, pendant cinq à dix-sept minutes d’affilée. Les deux sexes savent aussi lancer des cris solitaires et des grondements sourds produits par la poche gulaire, un registre que la femelle du gibbon à joues jaunes n’utilise pas de la même façon.
Un territoire réduit à deux pays, peut-être plus depuis longtemps
L’espèce ne subsiste aujourd’hui que dans le nord du Vietnam et le nord du Laos. La réserve naturelle de Xuan Lien, au Vietnam, comptait 64 groupes et 182 individus lors d’un recensement en 2020. L’aire protégée de Nam Et-Phou Louey, au Laos, en abritait 57 groupes. Ce sont, avec quelques poches isolées, les derniers bastions connus de l’espèce.
Cette réduction à deux pays voisins, sur une aire qui touchait encore la Chine il y a moins de vingt ans, illustre la rapidité avec laquelle une population de gibbons peut s’effondrer. La déforestation liée à l’agriculture sur brûlis et à l’exploitation forestière fragmente ce qui reste d’habitat, tandis que la chasse pour la viande et pour la médecine traditionnelle continue de prélever des adultes reproducteurs.
Un régime qui suit la forêt
Diurne, l’animal passe l’essentiel de ses journées dans la canopée, où il se déplace par brachiation entre les branches. Son régime associe fruits, feuilles, graines et insectes, avec une nette préférence pour les fruits mûrs quand la saison le permet. Cette souplesse alimentaire lui permet de traverser les périodes de disette en se rabattant sur les feuilles jeunes, plus abondantes mais moins nourrissantes.
Une espèce en danger critique, pas seulement en danger
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le gibbon à favoris blancs du nord en danger critique d’extinction, la catégorie juste avant l’extinction à l’état sauvage. Les groupes familiaux, formés d’un couple et de ses jeunes, défendent un territoire par le chant plutôt que par le combat, un comportement partagé avec les autres Nomascus mais qui ne suffit plus à compenser la perte d’habitat.
La protection de ces deux réserves conditionne désormais l’avenir de l’espèce presque à elle seule. Un braconnage ponctuel, une route ouverte à travers l’une de ces forêts, et c’est une part importante de la population mondiale restante qui se retrouve exposée.
Le toilettage mutuel occupe une bonne partie des moments calmes de la journée, surtout en fin de matinée après les cris territoriaux. Un couple qui chante peu, ou dont le chant devient irrégulier, signale souvent un stress lié à la proximité d’une coupe forestière ou d’une piste de chasse. Les équipes de terrain s’en servent parfois comme indicateur indirect de l’état d’un massif, plus rapide à observer qu’un comptage complet des individus.
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