Les espèces dulcicoles : ce que veut dire vivre en eau douce
Sommaire6 sections
- 01Vivre en eau douce, un problème de plomberie interne
- 02L’anguille, des milliers de kilomètres pour une seule reproduction
- 03Le saumon fait le trajet inverse de l’anguille
- 04Une salamandre qui refuse de grandir
- 05Une écrevisse importée qui porte un champignon mortel
- 06Le compartiment qui recule le plus vite
Vivre en eau douce impose une contrainte physiologique que l’eau de mer n’impose pas : le milieu est moins salé que le corps de l’animal, ce qui provoque une entrée d’eau permanente qu’il faut évacuer sans perdre les sels minéraux nécessaires. Cette contrainte façonne des mécanismes très différents selon les espèces, des anguilles capables de vivre dans les deux milieux aux mollusques qui ont besoin d’un poisson pour se déplacer.
Vivre en eau douce, un problème de plomberie interne
Un poisson d’eau douce absorbe en permanence de l’eau à travers ses branchies et sa peau, par un phénomène physique appelé osmose. Pour ne pas se noyer de l’intérieur, il produit une urine très diluée et abondante, et ses branchies captent activement les sels minéraux que l’eau environnante ne lui fournit pas assez concentrés. Un poisson marin fait exactement l’inverse : il boit de l’eau de mer et concentre son urine pour compenser une perte d’eau constante vers le milieu extérieur, plus salé que son corps.
L’anguille, des milliers de kilomètres pour une seule reproduction
L’anguille européenne naît dans la mer des Sargasses, dans l’Atlantique, sous la forme d’une larve transparente en forme de feuille. Portée par les courants pendant environ un an, elle atteint les côtes européennes, se métamorphose et remonte les fleuves et rivières, où elle vit ensuite entre huit et vingt ans selon les individus. Devenue adulte, elle redescend vers la mer et retraverse l’Atlantique pour aller frayer et mourir près de son lieu de naissance. La population européenne de l’espèce a reculé de plus de quatre-vingt-dix pour cent depuis les années 1980, au point que l’espèce est classée en danger critique d’extinction et que son commerce international est encadré depuis 2009.
Le saumon fait le trajet inverse de l’anguille
Le saumon atlantique naît en rivière, migre vers l’océan où il grossit pendant un à trois ans, puis revient se reproduire dans le cours d’eau exact où il est né. Ce retour, appelé homing, repose largement sur une mémoire olfactive : le poisson garderait en mémoire la signature chimique particulière de sa rivière natale, imprimée durant les premiers stades de sa vie, et s’en servirait pour retrouver son chemin des années plus tard. La remontée a lieu principalement à l’automne, une période où le débit et la température de l’eau deviennent favorables à la fraie.
Une salamandre qui refuse de grandir
L’axolotl, une salamandre originaire du seul lac Xochimilco, près de Mexico, ne subit jamais la métamorphose complète que connaissent la plupart des amphibiens : il conserve à l’âge adulte ses branchies externes et son mode de vie entièrement aquatique, un phénomène appelé néoténie. Cette particularité, qui en a fait un animal de laboratoire très étudié pour ses capacités de régénération des tissus, ne l’a pas protégé dans son milieu naturel. L’urbanisation de Mexico et l’introduction de carpes et de tilapias, qui dévorent ses œufs et concurrencent ses proies, ont réduit sa population sauvage à quelques centaines d’individus, ce qui en fait l’une des espèces d’eau douce les plus menacées au monde.
Une écrevisse importée qui porte un champignon mortel
L’écrevisse de Louisiane, introduite en Europe pour l’aquaculture puis échappée dans le milieu naturel, est porteuse d’un champignon parasite responsable de la peste de l’écrevisse. Elle y résiste elle-même sans grand dommage, mais transmet le champignon aux écrevisses européennes, comme l’écrevisse à pattes blanches, qui en meurent en quelques semaines une fois contaminées. Ce déséquilibre, documenté dans de nombreux cours d’eau européens depuis les années 1980, illustre comment une espèce introduite peut faire disparaître une espèce locale sans même la concurrencer directement pour la nourriture.
Le compartiment qui recule le plus vite
Selon l’indice Planète Vivante publié par le Fonds mondial pour la nature en 2020, les populations de vertébrés d’eau douce suivies dans le monde ont reculé en moyenne de plus de quatre-vingts pour cent depuis 1970, un recul plus marqué que celui observé dans les milieux terrestres ou marins. Les rivières et zones humides subissent à la fois les barrages, le drainage agricole, la pollution et les espèces introduites, souvent de façon cumulée sur un même cours d’eau.
Résumer cet article avec :
Partager :
