L’étourneau sansonnet : plumage irisé et vols en nuées
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L’étourneau sansonnet change de bec selon la saison, imite le carillon d’un jardin voisin, et forme parfois des nuées de plusieurs centaines de milliers d’individus qui n’obéissent à aucun chef. C’est un oiseau commun qu’on croit connaître parce qu’on le voit tous les jours, alors qu’il concentre une bonne partie des comportements les plus étudiés de l’ornithologie moderne.
Vingt centimètres, un bec qui change de couleur
L’étourneau sansonnet, Sturnus vulgaris, mesure 20 à 23 centimètres pour un poids proche de 75 à 90 grammes. Son plumage noir, moucheté de blanc en automne et en hiver, tire sur le vert et le violet métallique selon l’angle de la lumière, un effet de structure des plumes plutôt qu’un pigment. Ce qu’on remarque moins : son bec change de couleur avec les saisons, gris terne en hiver, jaune vif dès le début du printemps sous l’effet des hormones de reproduction. Les taches blanches, elles, s’usent au fil de l’hiver et disparaissent presque totalement au moment de la parade nuptiale.
Le mime qui imite à peu près tout
L’étourneau fait partie des meilleurs imitateurs parmi les oiseaux européens. Il reproduit les chants d’autres espèces, jusqu’à une quinzaine dans le répertoire d’un seul individu, mais aussi des sons mécaniques : sonneries de téléphone, alarmes de voiture, moteurs de tondeuse. Cette capacité sert probablement à enrichir le chant du mâle pour séduire, un chant plus varié étant perçu comme un signe de bonne santé et d’expérience par les femelles.
Les nuées : chacun suit sept voisins, pas un chef
Les nuées d’étourneaux, ou murmurations, peuvent rassembler plusieurs centaines de milliers d’oiseaux au-dessus des dortoirs d’hiver. Des physiciens italiens qui ont filmé et modélisé ces vols au-dessus de Rome ont montré que chaque oiseau ajuste sa trajectoire sur ses six ou sept voisins les plus proches, sans suivre de meneur ni de règle collective imposée d’en haut. Cette règle locale, répétée à l’identique par des dizaines de milliers d’individus, suffit à produire les vagues et les torsions qu’on observe depuis le sol.
Ce comportement grégaire ne signifie pas une égalité entre individus. Dans les dortoirs et sur les sites de nidification, une hiérarchie de dominance existe bel et bien : les oiseaux les plus âgés et les plus expérimentés occupent les meilleures places, au centre du dortoir ou près des cavités de nidification les mieux protégées, tandis que les jeunes et les nouveaux arrivants se retrouvent en périphérie, plus exposés aux prédateurs.
Vers de terre, cerises et un siècle et demi en Amérique du Nord
Au sol, l’étourneau sonde la terre avec son bec pour en extraire vers et larves, une technique appelée « bécage » qui lui permet de repérer des proies invisibles en surface. En été, il complète son régime avec des fruits, cerises et raisins en tête, ce qui lui vaut localement une réputation de nuisible en verger. Ses principaux prédateurs sont l’épervier d’Europe et le faucon pèlerin, ce dernier profitant justement des nuées pour isoler un individu affaibli en plein vol.
L’étourneau sansonnet est aussi, sans le vouloir, l’un des oiseaux les plus invasifs au monde : une centaine d’individus relâchés à New York en 1890 ont donné naissance à une population nord-américaine estimée à plusieurs dizaines de millions d’oiseaux, aujourd’hui considérée comme nuisible aux cultures et concurrente des espèces cavernicoles locales.
Confusion possible : sansonnet ou unicolore
Dans le sud de la France, l’étourneau sansonnet peut se confondre avec l’étourneau unicolore, une espèce ibérique proche qui gagne du terrain vers le nord. La différence tient au plumage adulte : l’unicolore garde un noir presque uniforme, sans les mouchetures blanches caractéristiques du sansonnet, y compris en hiver. Les deux espèces s’hybrident parfois dans les zones de contact, ce qui complique encore l’identification sur le terrain.
Commun jusqu’à la banalité, l’étourneau sansonnet reste pourtant l’un des oiseaux dont le comportement collectif a le plus nourri la recherche sur l’intelligence de groupe, bien au-delà de l’ornithologie classique.
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