La tourterelle des bois : plumage, chant et habitudes
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La tourterelle des bois doit jusqu’à son nom scientifique à son chant : Streptopelia turtur imite par onomatopée le roucoulement grave qu’on entend au printemps depuis la lisière des bois. C’est aussi l’une des espèces d’oiseaux les plus surveillées d’Europe, parce que sa population s’est effondrée en quarante ans dans des proportions rarement observées chez un oiseau qui n’est pas menacé d’extinction directe.
Un roucoulement qui donne son nom à l’espèce
Le chant de la tourterelle des bois est un roucoulement continu, plus grave et plus ronronnant que celui de ses cousines, répété en séries de « tourrr, tourrr, tourrr » depuis un perchoir dégagé. C’est ce son qui a donné son nom au genre Streptopelia turtur, et par extension au mot français « tourterelle ». On l’entend surtout d’avril à juillet, pendant la période de reproduction, rarement en dehors.
Une silhouette élancée aux couleurs discrètes
La tourterelle des bois mesure de 26 à 28 cm de longueur, pour une envergure de 47 à 53 cm et un poids de 130 à 180 g. Elle a une tête gris-bleu, une gorge et une poitrine rosées, et un dos roux orangé fortement écaillé de noir qui la distingue de loin de toutes les autres tourterelles européennes. Sur le côté du cou, elle porte une petite zone rayée de noir et blanc, un peu comme un badge, absente chez les jeunes qui arborent un plumage plus terne et plus uniforme pendant leurs premiers mois.
Une migratrice qui passe l’hiver au Sahel
Contrairement à la plupart des colombidés européens, la tourterelle des bois est une migratrice au long cours. Elle n’est présente en Europe que d’avril à septembre, traverse ensuite la Méditerranée et le Sahara, et hiverne dans la bande sahélienne, du Sénégal jusqu’au Soudan. C’est un trajet de plusieurs milliers de kilomètres, deux fois par an, qui l’expose à des risques que ses cousines sédentaires ne connaissent pas : sécheresses au Sahel, chasse le long du couloir méditerranéen, épuisement lors de la traversée désertique.
Elle ne se confond pas avec la tourterelle turque
On confond souvent la tourterelle des bois avec la tourterelle turque, arrivée en France dans les années 1950 en provenance des Balkans et aujourd’hui bien plus commune dans les jardins. La turque est plus grande, entièrement gris-beige pâle, sans aucune écaille rousse sur le dos, avec un demi-collier noir fin sur la nuque et un œil rouge. Elle est sédentaire, se voit toute l’année, y compris en hiver autour des mangeoires, alors que la tourterelle des bois disparaît totalement du paysage européen d’octobre à mars. Le dos écaillé de roux et de noir reste le repère le plus sûr pour ne pas les confondre.
Un effondrement documenté depuis les années 1980
La population européenne de tourterelles des bois a chuté d’environ 80 % depuis 1980, selon le suivi paneuropéen des oiseaux communs. En France, les programmes de surveillance des oiseaux nicheurs mesurent un recul comparable sur les vingt-cinq dernières années. Ce déclin a conduit l’UICN à reclasser l’espèce comme vulnérable à l’échelle mondiale en 2015, une évolution rare pour un oiseau encore répandu sur le papier. Les causes se cumulent : disparition des jachères et des haies riches en graines sauvages dans les campagnes européennes, sécheresses répétées dans les zones d’hivernage sahéliennes, et pression de chasse importante le long des couloirs migratoires méditerranéens.
Ce qui peut encore inverser la tendance
Depuis 2021, la chasse de la tourterelle des bois est suspendue en France par moratoire, une mesure directement liée à l’ampleur du déclin constaté. Sur le terrain, la restauration de bandes enherbées et de jachères fleuries fournit les graines de plantes sauvages, fumeterre ou mouron notamment, dont l’espèce dépend pour nourrir ses jeunes. Le maintien de haies vives suffisamment denses pour accueillir son nid, une simple plateforme de brindilles posée assez bas, complète ces efforts. Rien de tout cela ne suffira seul, mais c’est la combinaison de ces mesures agricoles et du moratoire de chasse qui offre aujourd’hui la meilleure chance de stabiliser l’espèce.
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