Le guanaco : parent du lama, vie en harde dans les Andes
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Quatre camélidés vivent en Amérique du Sud, deux sauvages et deux domestiques, et le guanaco est celui qui a donné naissance au lama. Il peuple les steppes et les hauts plateaux andins, du niveau de la mer jusqu’à 4 000 mètres, là où peu de grands herbivores tiennent l’année entière. Sa robustesse face au froid, à la sécheresse et à l’altitude en fait l’un des mammifères les plus répandus du continent avant l’arrivée des colons européens.
Guanaco, lama, vigogne, alpaga : qui descend de qui
La confusion entre ces quatre animaux est presque systématique, alors que la filiation est connue depuis longtemps. Le guanaco (Lama guanicoe) est l’ancêtre sauvage du lama (Lama glama) : les peuples andins l’ont domestiqué il y a plusieurs millénaires pour en faire une bête de somme et de boucherie. La vigogne (Vicugna vicugna), plus petite et plus fine, est de son côté l’ancêtre sauvage de l’alpaga (Vicugna pacos), domestiqué pour sa laine. Guanaco et vigogne sont donc les deux espèces encore présentes à l’état sauvage, lama et alpaga leurs descendants domestiques, et les quatre appartiennent à la famille des camélidés, la même que le chameau et le dromadaire, dont ils se sont séparés il y a des millions d’années.
Une silhouette taillée pour l’altitude
Un guanaco adulte mesure entre 1 et 1,20 mètre au garrot et pèse de 90 à 140 kilogrammes selon le sexe et la région, les mâles étant généralement plus lourds. Son pelage court sur le dos, roux fauve, tourne au blanc sur le ventre et les pattes, et sa tête grise contraste avec le reste du corps. Deux coussinets souples sous chaque pied, plutôt que des sabots durs, lui permettent de marcher sur les pierriers et les sols meubles sans se blesser.
Vivre en harde dans la steppe patagonne
Le guanaco vit en groupes familiaux d’une dizaine d’individus, un mâle dominant entouré de femelles et de leurs petits. Les jeunes mâles évincés forment des troupes de célibataires, parfois plusieurs dizaines, en attendant de conquérir leur propre territoire. Face à un puma, principal prédateur avec le renard pour les jeunes, le guanaco fuit plutôt qu’il n’affronte : il peut atteindre 56 kilomètres à l’heure sur de courtes distances, une vitesse rare chez un herbivore de cette taille.
La plus grande population sauvage se trouve en Patagonie, entre Argentine et Chili, où les troupeaux traversent encore de vastes étendues sans clôture. Des populations plus fragmentées subsistent dans les Andes péruviennes et boliviennes, à des altitudes qui dépassent parfois 4 000 mètres.
Un régime taillé pour l’aridité
Herbivore, le guanaco se nourrit de graminées, de buissons bas et de plantes succulentes qui stockent l’eau, une ressource rare sur les plateaux andins. Il peut se passer de boire pendant de longues périodes en tirant l’essentiel de son hydratation de ces végétaux, une adaptation qui explique en partie sa présence jusque dans les zones semi-désertiques d’Atacama.
Reproduction et longévité
La saison des amours se déroule pendant l’été austral, entre novembre et février. La gestation dure environ onze mois et demi, l’une des plus longues du monde animal rapportée à la taille de l’animal, et se conclut par la naissance d’un unique petit, capable de se tenir debout et de suivre le troupeau en quelques heures. Le sevrage intervient vers quatre mois, et les femelles atteignent leur maturité sexuelle autour de deux ans. Un guanaco sauvage peut vivre entre vingt et vingt-cinq ans.
D’une population de millions à un statut sous surveillance
Avant la colonisation européenne, les estimations parlent de plusieurs dizaines de millions de guanacos sur le continent. La chasse intensive et surtout l’expansion de l’élevage ovin, qui a converti une grande partie des steppes en pâturages clôturés pour les moutons, ont fait chuter cette population de façon spectaculaire. On en compte aujourd’hui environ 500 000 à l’état sauvage, l’immense majorité en Patagonie argentine et chilienne.
L’espèce reste classée en « préoccupation mineure » par l’UICN, un statut qui reflète la stabilité relative des grandes populations patagonnes plutôt qu’une absence de menace. Le braconnage pour la fibre, très fine et recherchée, la concurrence avec le bétail domestique pour les pâturages et la fragmentation des habitats par les clôtures continuent de peser sur les populations les plus isolées, notamment dans les Andes centrales et au Pérou, où les effectifs sont beaucoup plus réduits qu’en Patagonie.
Certains éleveurs patagons ont depuis quelques décennies commencé à tondre des guanacos sauvages capturés temporairement plutôt qu’à les chasser, une pratique appelée chaku qui reprend une technique inca ancienne. La fibre récoltée, plus fine que celle du mouton, se vend nettement plus cher et donne à certaines communautés locales un intérêt économique direct à maintenir des populations en bonne santé plutôt qu’à les éliminer au profit du bétail.
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