Le baguage des oiseaux : à quoi il sert et comment il se pratique

découvrez pourquoi il est essentiel de baguer les oiseaux, les objectifs visés et les différentes méthodes utilisées pour cette pratique de marquage aviaire.
Sommaire7 sections
  1. 01L'importance du baguage en ornithologie
  2. 02Une pratique née au Danemark, coordonnée depuis Paris
  3. 03Capturer sans blesser : le filet japonais
  4. 04Quatre raisons de suivre un oiseau bagué
  5. 05Ce que les bagues ont révélé
  6. 06Que faire face à un oiseau bagué
  7. 07Une méthode qui reste irremplaçable

Une bague de deux grammes autour de la patte, un numéro gravé, et voilà un oiseau devenu traçable pour le reste de sa vie. Cette pratique centenaire a permis de découvrir que des sternes arctiques traversent la planète d’un pôle à l’autre chaque année, et que certains passereaux vivent bien plus longtemps qu’on ne le pensait.

L'importance du baguage en ornithologie

un ornithologue tient un petit oiseau dans la main pour lui poser une bague métallique numérotée à la patte.

Le baguage consiste à fixer une bague métallique légère, gravée d’un numéro unique, autour du tarse d’un oiseau capturé puis relâché intact. Chaque capture ultérieure, qu’elle ait lieu à quelques kilomètres ou à des milliers de kilomètres du point de départ, permet de retracer le parcours de l’individu. C’est cette identification qui a fait du baguage l’outil de référence de l’ornithologie scientifique depuis plus d’un siècle.

Une pratique née au Danemark, coordonnée depuis Paris

Le premier programme structuré de baguage a été lancé en 1899 par l’ornithologue danois Hans Christian Cornelius Mortensen, qui posait des bagues d’aluminium sur des étourneaux et des cigognes. En France, le suivi par baguage a débuté en 1923. Il est aujourd’hui coordonné par le Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO), qui dépend du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Plus de six millions d’oiseaux ont été bagués sur le territoire français depuis cette date, dans le cadre d’une quinzaine de programmes scientifiques nationaux.

Capturer sans blesser : le filet japonais

La capture se fait le plus souvent avec un filet japonais, un filet de nylon très fin tendu entre deux perches, presque invisible pour l’oiseau en vol. Une fois l’animal démêlé avec précaution, le bagueur, formé et titulaire d’une autorisation du CRBPO, prend une série de mesures avant de le relâcher en quelques minutes : poids, masse graisseuse, longueur de l’aile et du tarse, âge et sexe lorsqu’ils sont déterminables. Ces données rejoignent une base commune qui dépasse largement le cas d’un seul individu.

Quatre raisons de suivre un oiseau bagué

Le baguage sert des objectifs précis, qui se recoupent rarement avec une seule capture :

  • Cartographier les routes migratoires, souvent très différentes de ce qu’on imaginait avant les premières recaptures.
  • Suivre l’évolution des populations et repérer les espèces en déclin avant que la baisse ne devienne visible sur le terrain.
  • Mesurer la longévité et les taux de survie, en comparant l’âge à la première capture et à la recapture.
  • Étudier le comportement: fidélité au site de nidification, territorialité, déplacements locaux.

Ce que les bagues ont révélé

Certaines découvertes ont surpris les ornithologues eux-mêmes. La sterne arctique, un oiseau de la taille d’une mouette, parcourt chaque année un aller-retour de l’Arctique à l’Antarctique, soit environ 70 000 kilomètres, le plus long trajet migratoire connu du règne animal. Les albatros, de leur côté, passent plus de 90 % de leur existence en mer et ne touchent terre que pour se reproduire, parfois après des années d’absence totale. Les recaptures ont aussi montré que des moineaux domestiques vivant en ville modifient leurs horaires d’alimentation par rapport à leurs congénères des campagnes, un décalage lié à l’éclairage nocturne et à la disponibilité de nourriture humaine.

Que faire face à un oiseau bagué

Trouver un oiseau mort ou blessé porteur d’une bague n’est pas anodin pour la recherche. Le numéro gravé, ainsi que l’adresse retour souvent inscrite sur la bague elle-même, permet de signaler la découverte au CRBPO. Chaque signalement complète une donnée déjà collectée à la capture initiale, avec la date, le lieu et parfois la cause de la mort.

Une méthode qui reste irremplaçable

Les balises GPS et les émetteurs satellite ont enrichi le suivi des oiseaux, mais ils restent coûteux et réservés à des échantillons réduits. Le baguage, lui, permet de suivre des populations entières à moindre coût, et de bâtir des séries de données sur plusieurs décennies. C’est cette continuité qui a permis, par exemple, de documenter le déclin de certaines espèces de passereaux communs bien avant que les naturalistes ne le constatent à l’œil nu.

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