Le paon bleu : sa roue, son plumage et son comportement
Sommaire9 sections
- 01Origine et statut
- 02Ce que mesure vraiment un paon
- 03La roue sert à juger, pas seulement à séduire
- 04Un cri d'alarme avant tout
- 05Une espèce à ne pas confondre avec le paon du Congo
- 06Un galliforme qui vole peu et perche haut
- 07Un régime opportuniste, pas seulement végétal
- 08Menaces et cohabitation
- 09Une longévité qui dépasse largement celle des poules domestiques
Environ cent cinquante plumes composent l’éventail que le paon bleu mâle déploie en parade, chacune ornée d’un ocelle irisé, sur une traîne pouvant atteindre 1,4 mètre. Ce que l’on prend pour sa queue est en réalité un ensemble de plumes sus-caudales, poussant au-dessus de la vraie queue, courte et brune, qui sert de support rigide pour tenir l’éventail dressé. Le détail change tout : un mâle amputé de sa parade garde une queue intacte.
Origine et statut
Pavo cristatus, famille des Phasianidés, est originaire du sous-continent indien, du Sri Lanka au Népal. L'espèce est classée en préoccupation mineure par l'UICN, les populations sauvages restant abondantes en Inde où l'oiseau est protégé par la loi et vénéré dans plusieurs traditions. C'est la variété domestique et féralisée, introduite dans les parcs du monde entier, que l'on croise en France dans certains jardins et sur quelques îles où elle s'est établie sans surveillance, parfois au détriment de la flore locale qu'elle piétine et picore.
Ce que mesure vraiment un paon
- Corps : 80 à 110 cm, hors traîne.
- Traîne du mâle : 1 à 1,4 m, formée de 150 plumes environ, chacune ornée d'un ocelle irisé.
- Queue de la femelle : 30 à 40 cm, brune, sans ocelles.
- Envergure : jusqu'à 160 cm.
- Poids : 3,8 à 6 kg pour le mâle, plus léger chez la femelle.
Le bleu-vert métallique de la tête, du cou et de la poitrine du mâle n'est pas un pigment mais une structure : les barbules des plumes diffractent la lumière, ce qui explique que la couleur change selon l'angle de vue, du bleu profond au vert émeraude. La femelle, brune et beige sans éventail, se camoufle beaucoup mieux au sol pendant l'incubation, ce que sa parure voyante interdirait au mâle s'il couvait.
La roue sert à juger, pas seulement à séduire
Pendant la parade, le mâle dresse sa traîne en éventail, la fait vibrer par petites secousses rapides du corps et se tourne pour orienter les ocelles vers la femelle. Des études de terrain montrent que les femelles regardent surtout la partie basse de l'éventail, la plus riche en ocelles serrés, et non l'ensemble du panache comme on le suppose souvent. Un mâle qui perd des plumes de traîne, par mue ou par blessure, voit son succès de parade chuter immédiatement.
Un cri d'alarme avant tout
Le cri du paon bleu, un miaou-miaou puissant proche du héonh-héonh qu'on lui prête souvent, sert d'abord à signaler un prédateur au sol, léopard ou chacal dans son aire d'origine. Les paons vivant en bande relaient l'alerte de proche en proche, un comportement qui explique pourquoi l'espèce a longtemps servi de sentinelle informelle dans les villages indiens.
Une espèce à ne pas confondre avec le paon du Congo
Le paon bleu partage son genre avec deux autres espèces, le paon spicifère d'Asie du Sud-Est et le paon du Congo, seul représentant africain, découvert scientifiquement en 1936 seulement. Ce dernier n'a ni huppe filiforme ni traîne comparable : le mâle porte une simple touffe de plumes blanches sur la tête et une queue courte, sans ocelles. La confusion reste fréquente dans les zoos qui présentent les trois espèces côte à côte sous le seul nom de « paon ».
Un galliforme qui vole peu et perche haut
Malgré son poids et sa traîne encombrante, le paon bleu vole, sur de courtes distances, pour rejoindre une branche haute où il passe la nuit à l'abri des prédateurs terrestres. Au sol, il se déplace en marchant, tête haute, huppe dressée, et ne court que rarement, préférant l'envol face à un danger proche. Cette dépendance au perchoir nocturne explique pourquoi l'espèce reste liée aux zones boisées même quand elle s'alimente en terrain découvert.
Un régime opportuniste, pas seulement végétal
Le paon bleu se nourrit de graines, de jeunes pousses et de fruits tombés, mais complète ce régime avec des insectes, des petits reptiles et parfois de jeunes serpents, qu'il tue à coups de bec avant de les avaler. Dans son aire d'origine, cette prédation occasionnelle de serpents venimeux a nourri sa réputation protectrice dans plusieurs traditions indiennes, bien que l'oiseau ne s'attaque en réalité qu'à des individus jeunes ou de petite taille.
Menaces et cohabitation
En Inde, la principale pression vient de l'empoisonnement accidentel par les pesticides agricoles, l'oiseau se nourrissant volontiers dans les champs de graines et de petits invertébrés. Ailleurs, dans les populations introduites, c'est l'inverse qui pose problème : sur certaines îles de l'océan Indien ou aux Antilles, le paon proliféré sans prédateur menace des espèces végétales locales et des nichées d'oiseaux au sol.
Une longévité qui dépasse largement celle des poules domestiques
Un paon bleu vit couramment quinze à vingt ans à l'état sauvage, et davantage en captivité où les prédateurs terrestres, léopards, chacals et grands félins, ne pèsent plus sur sa survie. La maturité sexuelle intervient vers deux ou trois ans chez le mâle, l'âge à partir duquel sa traîne atteint sa taille et son nombre d'ocelles définitifs. Avant cet âge, les jeunes mâles portent une traîne courte, incomplète, qui ne leur permet pas encore de rivaliser lors des parades face aux adultes établis.
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