L’élevage de l’autruche : viande, cuir et conditions de production
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Struthio camelus est le plus gros oiseau vivant, et c’est justement ce gabarit qui a fait sa fortune agricole. En France comme en Afrique du Sud, l’autruche ne se limite plus à la plume : elle fournit une viande rouge, un cuir exotique recherché et, plus marginalement, une huile utilisée en cosmétique. Voici ce que produit réellement un élevage d’autruches, poste par poste.
Une viande qui s’est fait une place tardivement
L’autruche est domestiquée depuis le dix-neuvième siècle en Afrique du Sud, mais c’était alors pour la plume, pas pour la table. La diversification vers la viande et le cuir date des années 1970 et 1980 : quand le marché de la plume s’est effondré, les éleveurs sud-africains ont cherché d’autres débouchés, et les techniques se sont exportées vers l’Europe, Israël et les États-Unis. En France, les premiers élevages orientés viande apparaissent surtout dans les années 1990, portés par des agriculteurs en quête de diversification.
Un adulte fournit entre 30 et 40 kg de viande commercialisable, principalement issue de la hanche et de la cuisse. C’est une viande rouge, à la texture proche du bœuf, pauvre en matières grasses et riche en protéines et en fer. Elle est aussi une bonne source d’oméga 3 et 6, et sa teneur en graisse est inférieure à celle du poulet ou de la dinde.
Un œuf qui vaut vingt œufs de poule
La plupart des œufs pondus servent à renouveler le cheptel : ils partent en couveuse, pas en cuisine. Certains élevages en vendent tout de même. Un œuf d’autruche pèse en moyenne 1,4 kg, ce qui en fait le plus gros œuf pondu par un oiseau vivant, et il équivaut à une vingtaine d’œufs de poule. Son goût, proche de celui de l’œuf de poule ou d’oie, se prête surtout à l’omelette, difficile à réussir autrement vu le volume.
La coquille, très épaisse, ne finit pas toujours à la poubelle. Gravée ou simplement vidée, elle sert de support artisanal, transformée en bol ou en objet décoratif.
Des conditions d’élevage bien précises
Un œuf mis en couveuse éclot au bout d’environ 42 jours, une durée que les éleveurs surveillent de près puisque les cinq derniers jours conditionnent la survie du poussin. En élevage naturel, les couples se relaient sur le nid, la femelle le jour et le mâle la nuit, mais la plupart des exploitations commerciales préfèrent l’incubation artificielle, qui limite les pertes et permet de suivre chaque œuf individuellement.
Les poussins sont fragiles les premières semaines : sensibles au froid et à l’humidité, ils ont besoin d’un abri chauffé avant de pouvoir sortir. Les adultes, en revanche, s’accommodent bien du climat français, à condition de disposer de grands parcours et d’une clôture assez haute, autour de 1,50 à 2 mètres, car un animal qui ne vole pas court en revanche très bien et peut se blesser en se jetant contre un grillage trop bas. Un sujet destiné à la viande est généralement abattu entre 10 et 14 mois, quand il atteint son poids commercial.
Un cuir exotique classé à part
Le cuir d’autruche doit sa réputation à sa souplesse et à un motif reconnaissable entre tous : les follicules des plumes, disposés en bosses régulières sur la peau du dos et des flancs, dessinent un grain unique une fois tanné. Il figure parmi les cuirs exotiques recherchés en maroquinerie et en haute couture, aux côtés du crocodile et du serpent, avec l’avantage d’une résistance à l’usure supérieure à celle de nombreux cuirs classiques.
Des plumes tombées de la mode
Au dix-neuvième siècle et jusqu’au début du vingtième, la plume d’autruche a connu un âge d’or en Europe : elle ornait les chapeaux des femmes de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie, et l’industrie de la plume employait des milliers de personnes entre l’Afrique du Sud, Londres et Paris. Le marché s’est effondré avec la Première Guerre mondiale, quand la mode a changé et que l’automobile a rendu obsolètes les grands chapeaux à plumes portés en calèche.
Aujourd’hui, la plume ne représente plus qu’une part réduite des revenus d’un élevage. Elle sert encore aux costumes de cabaret et de carnaval, et à la fabrication de plumeaux. Sa valeur commerciale dépend surtout de sa longueur, de sa densité et de sa souplesse.
L’huile, un sous-produit discret
L’huile d’autruche est extraite des tissus graisseux de l’oiseau après l’abattage. Elle est aujourd’hui employée surtout en cosmétique, dans des savons, des crèmes pour le visage et les mains, et pour des soins de massage, en raison de sa richesse en acides gras essentiels. C’est un débouché mineur en volume, mais il valorise une partie de la carcasse qui, sinon, serait perdue.
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