--- title: "La musaraigne carrelet : museau en trompe, régime et rythme de vie" url: https://www.animaux-sauvages.com/decouverte-de-la-musaraigne-carrelet-ses-caracteristiques-et-son-comportement.html author: "Animaux sauvages" date_published: 2024-06-13T08:39:56+02:00 date_modified: 2026-09-19T21:54:23+02:00 categories: ["Mammifères"] image: https://www.animaux-sauvages.com/wp-content/uploads/2024/06/-47.png description: "La musaraigne carrelet doit manger presque en permanence pour alimenter un métabolisme parmi les plus rapides du monde animal, et son corps rétrécit chaque hiver..." site: "Animaux sauvages" license: "Reproduction autorisée avec lien vers la source." --- # La musaraigne carrelet : museau en trompe, régime et rythme de vie La musaraigne carrelet doit manger presque en permanence pour alimenter un métabolisme parmi les plus rapides du monde animal, et son corps rétrécit chaque hiver pour économiser l’énergie nécessaire à sa survie au froid. C’est un insectivore, malgré sa petite taille qui prête souvent à confusion avec les rongeurs. Peu d’espèces européennes cumulent autant de particularités dans un gabarit aussi modeste. ## Un insectivore, pas un rongeur ![une musaraigne au museau pointu et effilé, dans la litière de feuilles au sol](https://www.animaux-sauvages.com/wp-content/uploads/2024/06/-46.png) La musaraigne carrelet (*Sorex araneus*) appartient à la famille des Soricidés, dans l’ordre des Eulipotyphles, celui des insectivores, et non à celui des rongeurs. Elle se distingue par un long museau effilé, en forme de trompe, qui lui sert à fouiller la litière et le sol à la recherche de proies. Le corps mesure de 55 à 82 millimètres, la queue ajoute 24 à 44 millimètres, pour un poids compris entre 5 et 14 grammes selon la saison et l’âge. Le pelage gris-brun, plus sombre sur le dos que sur le ventre, assure un camouflage efficace dans la litière de feuilles. Sa vue est faible, mais elle compense par un odorat et une ouïe très développés, et par des vibrisses sensibles qui lui permettent de localiser une proie sans jamais la voir. ## Un animal solitaire et territorial Solitaire et peu sociable, la musaraigne carrelet ne tolère la présence d’un congénère que le temps de l’accouplement, avant que les partenaires ne se séparent. Elle défend son territoire avec une agressivité marquée pendant la saison des amours, y compris face à des individus plus grands qu’elle. Active aussi bien le jour que la nuit, elle alterne de courtes périodes d’activité et de repos tout au long des vingt-quatre heures, un rythme dicté par un besoin permanent de nourriture plutôt que par l’alternance jour-nuit classique des autres petits mammifères. **Un insectivore, pas un rongeur** Malgré son allure de petite souris, la musaraigne carrelet appartient à une famille distincte, celle des Soricidés, dans l’ordre des insectivores. Son museau en trompe et ses dents pointues, adaptées à une alimentation carnée, la séparent nettement des rongeurs. ## Un métabolisme qui ne tolère aucune pause Le cœur de la musaraigne carrelet bat plusieurs centaines de fois par minute, et sa dépense énergétique est telle qu’elle doit consommer chaque jour l’équivalent de 80 à 90 % de son propre poids en nourriture, principalement des insectes, des vers de terre et de petits gastéropodes. Une privation de nourriture de quelques heures seulement peut lui être fatale. C’est ce besoin permanent, et non une préférence particulière, qui explique son activité quasi continue. ## Le phénomène de Dehnel : un squelette qui rétrécit Contrairement à ce qu’on lit parfois, la musaraigne carrelet n’hiberne pas et n’entre pas en torpeur : elle reste active tout l’hiver. Ce qui change, c’est la taille de son corps. Décrit par le naturaliste polonais August Dehnel, ce phénomène fait que le crâne, le cerveau et plusieurs organes internes de la musaraigne rétrécissent à l’automne, de près de 20 % pour le cerveau, avant de regagner une partie de leur volume au printemps suivant. Cette réduction abaisse ses besoins énergétiques au moment où la nourriture se raréfie, sans jamais la faire basculer dans le sommeil prolongé d’un hibernant. **Un cerveau qui rétrécit de 20 % en hiver** Le phénomène de Dehnel réduit la taille du crâne, du cerveau et de plusieurs organes de la musaraigne carrelet chaque automne, avant qu’ils ne regrossissent en partie au printemps. L’animal reste actif tout l’hiver, il n’hiberne à aucun moment. ## Une reproduction courte et intense La saison de reproduction s’étend d’avril à septembre. La gestation ne dure qu’environ treize jours, l’une des plus courtes chez les mammifères, pour des portées de cinq à sept petits. Une femelle peut avoir plusieurs portées dans la même saison. La musaraigne carrelet vit rarement plus d’un an dans la nature : la plupart des adultes meurent après leur unique saison de reproduction, ce qui fait de cette espèce un cas extrême de vie courte et féconde. ## Une régulatrice de ravageurs pour les jardins En fouillant sans relâche le sol et la litière, la musaraigne carrelet limite les populations d’insectes et de gastéropodes qui s’attaquent aux cultures et aux plantations. Cette pression constante en fait une alliée pour les jardiniers, même si son passage discret la rend rarement visible ou reconnue comme telle. ## Des prédateurs qui la tuent sans toujours la manger La musaraigne carrelet possède des glandes odorantes qui lui donnent un goût musqué prononcé, ce qui pousse de nombreux prédateurs mammifères, comme la martre des pins, le renard roux, le putois d’Europe ou le vison d’Europe, à la tuer sans forcément la consommer. Les rapaces, en revanche, perçoivent moins ce goût et en font une proie régulière : la cigogne blanche parmi les oiseaux diurnes, et la chouette effraie, la chouette hulotte ou le hibou petit-duc parmi les rapaces nocturnes. La vipère aspic et la couleuvre à collier la chassent aussi, tout comme le chat domestique dans les parcs et jardins. **Une odeur qui repousse une partie de ses prédateurs** Les glandes musquées de la musaraigne carrelet rendent sa chair peu appétissante pour de nombreux mammifères carnivores, qui la tuent parfois sans la manger. Les rapaces, moins sensibles à cette odeur, restent ses prédateurs les plus réguliers. Classée en préoccupation mineure par l’UICN, la musaraigne carrelet reste l’un des mammifères les plus abondants d’Europe, présente dans presque tous les milieux tempérés dès qu’il y a une litière de feuilles à fouiller. Sa vie brève et intense, entre métabolisme extrême et rétrécissement saisonnier du squelette, en fait l’un des cas les plus étudiés de la physiologie animale. --- ## À propos de l'auteur **Animaux sauvages** — La rédaction d'Animaux sauvages suit la faune sauvage française et mondiale : fiches d'espèces, actualité de la conservation et guides des parcs animaliers.